C'est un paradoxe qui fait presque figure d'anomalie dans le cyclisme français. Jérôme Pineau, un des cyclistes les plus talentueux de sa génération, à l'esprit indéniablement offensif, n'a plus remporté la moindre course depuis quatre ans. Si la situation a été un peu rectifiée par la victoire au classement général de la Coupe de France, ce trophée synonyme de régularité est loin de satisfaire le coureur de 28 ans. Après avoir été élevé au sein de la famille Bernaudeau, chez Bouygues Telecom, le puncheur s'est engagé chez Quick Step dans le sillage de Sylvain Chavanel. Au sein de la grosse écurie de Patrick Lefévère, il sait qu'il ne sera plus protégé mais se dit prêt à en payer le prix pour renouer avec la victoire.
«Jérôme Pineau, avez-vous déjà évoqué la saison prochaine avec votre nouvelle équipe ?
J'ai eu Patrick Lefèvère une fois au téléphone à la fin de la saison quand il m'a félicité pour la victoire en Coupe de France. La prise de contacts avec l'équipe se fera lors du premier stage fin novembre mais on en a un peu parlé. Mon premier objectif sera les classiques ardennaises (Amstel Gold Race, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, ndlr). Je rejoins l'équipe dans l'optique d'être protégé sur ces courses-là. Ils ont confiance en moi. Ma préparation passera avant par le Tour du Pays basque. J'ai besoin aujourd'hui de me fixer d'autres objectifs, d'autres ambitions que de gagner la Coupe de France.
Changer d'équipe était-il impératif pour passer ce palier ?
Je ne renierai jamais ce que j'ai appris avec Jean-René (Bernaudeau). Je sais que je ne retrouverai pas là-bas l'esprit de famille. Mais si je change d'équipe, c'est justement pour trouver autre chose. J'ai 28 ans et je veux voler de mes propres ailes. Je vais découvrir là-bas un autre contexte. Quick Step, c'est une équipe qui a tout gagné sur les classiques, qui sait comment amener ses coureurs vers un objectif. Rien n'est laissé au hasard, du repérage du parcours à l'approche de l'événement.
Il n'y a donc pas eu de rupture avec Jean-René Bernaudeau et Bouygues Telecom ?
Avec Jean-René, on reste en bons termes. Nous avons de l'affection réciproque. On a vécu une belle histoire ensemble. Il a compris ma décision. On a discuté cet été : il m'a expliqué qu'il fallait renouveler l'effectif. Ils ont fait signer des jeunes (notamment Pierre Rolland, ndlr) et après il faut faire des choix au niveau des salaires. On n'a pas trouvé d'accord au niveau financier. L'argent, c'est le nerf de la guerre (Rire). Mais je le répète, je ne pars pas fâché. Nos chemins pourraient très bien se recroiser.
Vous rejoignez une équipe étrangère. Auriez-vous aimé être accompagné par un coéquipier ?
Je n'étais pas vraiment en position d'imposer quelqu'un. Quand il a été contacté, Sylvain Chavanel a pensé à moi et il a proposé mon nom. Patrick Lefévère m'a dit qu'il cherchait deux Français et seulement deux Français. J'aurais bien aimé faire venir Anthony Geslin. Mais Quick Step a déjà beaucoup de leaders dans son registre, les classiques sur pavés.
Et vous ne craignez pas le changement de statut ?
Chez Bouygues Telecom, il n'y avait pas de leader attitré mais je n'ai jamais vraiment été équipier. Boucher des trous, rouler avant l'arrivée pour les autres : cela ne me pose aucun problème de me mettre au service de l'équipe. Il faut savoir tout faire.
Après une nouvelle saison sans victoire, cherchez-vous à comprendre pourquoi la réussite vous fuit ?
D'abord je retiens ma régularité. J'arrive à être présent toute la saison, de Paris-Nice (2e de la première étape) au Tour de Vendée. J'ai bien marché sur le Tour de France (3e de la première étape). Et la victoire en Coupe de France, cela confirme cette régularité. Après, je n'ai pas forcément des regrets. Par exemple, sur le Tour à Plumelec, je tombe sur plus fort que moi (Alejandro Valverde, ndlr).
Attendez-vous un déclic psychologique pour en finir avec cette mauvaise série ?
C'est vrai qu'à un moment, l'absence de victoire peut jouer sur la confiance, provoquer le doute. Quand on court depuis quatre ans après la victoire, il y aussi la peur de gagner. On se dit avant d'arriver dans le final : "C'est pas encore pour moi. Il va se passer quelque chose." Je vois ce qui s'est passé avec Sylvain Chavanel. Il a gagné très vite sur le Tour Méditerranéen alors qu'il était encore en phase de préparation. Après, il a enchaîné les victoires. Sans changer sa manière de courir. »